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UN PRÉTEXTE POUR S'INTERROGER SUR LA FORMATION DES VILLAGES :
L'EXEMPLE DE SITES ALSACIENS
 
 
Inrap Strasbourg, CRAHM- UMR 6577
 
Par cette intervention, il s'agira plus de s'interroger sur la formation des villages et sur les méthodes à notre disposition pour acquérir de nouvelles données que de présenter des monographies de sites fouillés en milieu villageois. Ces dernières années, plusieurs sites alsaciens d'habitat ont fait l'objet d'intervention archéologique. La diversité des sites, mais également des prescriptions, des moyens mis en œuvre et des résultats est une occasion pour s'arrêter quelques instants, comme nous y invitent les organisateurs de cette table ronde, pour penser l'archéologie du village. Dans un premier temps, seront présentés quelques exemples, non exhaustifs de sites bas-rhinois, dans un second temps les résultats et les limites de ces interventions seront rapidement exposés. Dans une troisième partie, seront proposées quelques réflexions suggérées, non seulement par ces interventions, mais encore plus généralement par le développement de la recherche sur l'habitat rural ces dernières années.

1. Quelques exemples d'intervention en milieu villageois alsacien (Bas-Rhin)

Six sites ont été retenus pour la diversité des moyens mis en œuvre (fig. 1). Ils sont tous localisés dans le Bas-Rhin, ce qui n'est pas un hasard mais un reflet de l'état de la recherche. Leur localisation par rapport au bâti actuel est variable : intégrés pour Benfeld, pour Marlenheim 'Appendéris" et Matzenheim et en périphérie immédiate pour Osthouse, Kuttolsheim (fig. 2) et Bischoffsheim. Le site le plus anciennement fouillé est celui de Benfeld où 800 m2 ont été explorés en quatre interventions ne couvrant pas la totalité de ce qui a été aménagé. Les sondages réalisés à Kuttolsheim ont permis de décaper une surface de 103,38 m2 sur les 1654 m2 menacés par les constructions. Ce sont également deux prescription de deux sondages qui sont à l'origine du décapage en trois zones non jointives de 239 m2 à Bischoffsheim. Le site d'Osthouse n'a pu être fouillé que sur 2500 m2 alors que la prescription portait sur 5000 m2. Le cas de Marlenheim diffère des exemples précédents par le suivi particulier de cette commune, mentionnée dans L'histoire des Francs de Grégoire de Tours pour abriter un palais royal. Trois fouilles (l'une est actuellement en cours) y ont été réalisées auxquels s'ajoutent plusieurs sondages. Finalement le cas de Matzenheim témoigne de la destruction de vestiges, qui ont eu pour conséquence une surveillance plus accrue de la commune. Cette surveillance a conduit à la prescription de sondages qui ont permis de mettre à jour des vestiges correspondant à la suite du site précédemment détruit.

cartecarte

2. Résultats et limites

La fouille de chacun de ces sites a apporté des données nouvelles, dont l'importance varie en fonction des sites mais surtout en fonction des moyens mis en œuvres.
L'un des apports communs à la majorité de ces sites, est la reconnaissance d'une occupation antérieure au Moyen Âge. Elle peut remonter au Néolithique comme à Benfeld ou à la Protohistoire (Marlenheim, Osthouse et Matzenheim). Des vestiges gallo-romains ont par ailleurs été mis au jour à Osthouse et Marlenheim. Seuls les sites de Kuttolsheim et de Bischoffheim n'ont pas livré de vestiges antérieurs. Un autre enseignement vient de la présence de vestiges postérieurs au XIIe siècle. Cela est vrai pour les sites de Bischoffsheim, Osthouse, Marlenheim "Appederis", Benfeld et probablement Matzenheim. Il n'est en revanche pas possible sur aucun des sites étudiés de parler de continuité d'occupation dans l'emprise de fouille. Au moins deux sites sont localisés à proximité immédiate de l'enceinte médiévale, en dehors de celle-ci.
L'occupation de ces sites présente généralement une densité importante marquée par de nombreux recoupements de structure entre elles. La nature de ces structures est commune à l'ensemble des sites du haut Moyen Âge dans le nord de la France mais aussi dans le sud-ouest de l'Allemagne. Il s'agit de cabanes excavées, à l'architecture et aux aménagements variables, de bâtiment construits sur poteaux, de fosses variées de trous de poteaux et parfois de fossés. Une des limites, communes à l'ensemble des sites, est l'impossibilité des sites, est l'impossibilité qu'il y a à estimer l'assiette exacte du site et sa chronologie. Une autre limite tient, là encore, à l'impossibilité qu'il y a à situer l'emprise de la fouille par rapport au reste du bâti du haut Moyen Âge et à défini la nature du secteur dégagé. La particularité des aménagements à l'origine des fouilles et la faible importance des surfaces fouillées appellent par ailleurs à une extrême prudence dans l'interprétation. L'objectif de ces fouilles est en effet probablement plus la collecte des données que l'analyse.

3. Quelques réflexions sur la formation des villages

La première réflexion concerne l'utilisation du pluriel pour évoquer la formation des villages. Loin de constituer une fantaisie linguistique, l'usage du pluriel libère des champs entiers de la recherche ! Dans la suite de cette reconnaissance d'une diversité des formation villageoise, la question d'une spécificité régionale, en l'occurrence, dans ce cas, alsacienne, mérite d'être posée aussi bien pour les processus de formation que pour les développements au Moyen Âge.
Une autre réflexion touche à la notion de pôle ou de son centre et à son corollaire, le déplacement ou le glissement. La formation villageoise implique t-elle, en effet, la présence d'un ou plusieurs pôles d'attraction. À quoi correspondent-il et quels sont leurs chronologies ?

L'archéologie dans le village incite à reconsidérer notre manière de penser et de faire l'archéologie du village. L'avenir de l'archéologie du village dépend de la capacité de communauté scientifique à relever ce défi.